Depuis le 1er septembre 2026, un poêle à granulés installé seul n’ouvre plus droit à MaPrimeRénov’. La pompe à chaleur air-eau, elle, reste financée au même barème qu’avant. Le décret n° 2026-822, publié au Journal officiel le 27 août, n’a rien changé aux performances des deux appareils, mais il a déplacé l’écart de prix de plusieurs milliers d’euros et rendu caduque la moitié des comparatifs qui circulent.

Reprenons donc le calcul depuis le début, poste par poste.

Ce que le décret du 27 août a réellement supprimé

Six familles de travaux sortent du parcours par geste : le chauffage au bois (poêles, inserts et chaudières biomasse), le solaire thermique, les chauffe-eau thermodynamiques, la VMC double flux, l’isolation des toitures et combles, et le remplacement des fenêtres. Les dossiers déposés jusqu’au 31 août au soir restent instruits selon les anciennes règles.

Cinq postes seulement restent finançables isolément, aux montants inchangés : les deux familles de pompes à chaleur, le raccordement à un réseau de chaleur, la dépose de cuve à fioul et l’audit énergétique.

Aide par geste Très modeste Modeste Intermédiaire
Pompe à chaleur géothermique 11 000 € 9 000 € 6 000 €
Pompe à chaleur air-eau 5 000 € 4 000 € 3 000 €

Pour une air-eau, ce sont donc 3 000 à 5 000 € selon le profil de revenus, dans la limite de 12 000 € de dépense éligible. Le poêle tombe à zéro sur ce guichet, sauf à s’inscrire dans une rénovation d’ampleur qui décarbone chauffage et eau chaude.

Il ne perd pas pour autant toutes ses aides. La prime CEE reste acquise, et son volume a même été multiplié par 4 pour les revenus classiques et par 5 pour les revenus modestes depuis le 1er janvier 2026 : de 130 € environ pour un appareil moyen en zone H3 à près de 1 150 € pour un appareil performant en zone H1 chez un ménage modeste. En remplacement d’une chaudière au charbon, au fioul ou au gaz, le Coup de pouce Chauffage monte de 2 500 à 4 000 €. La TVA à 5,5 % s’applique dans tous les cas.

Le kilowattheure de chaleur, calculé des deux côtés

C’est le chiffre qui commande tout le reste, et celui que les deux camps présentent le plus mal.

Poêle à granulés Pompe à chaleur air-eau
Énergie achetée Granulé en palette, 440 € la tonne Électricité, 0,2001 € TTC le kWh
Contenu ou rendement 4,8 kWh par kilo, rendement 90 % SCOP réel de 2,9 à 3,5
Coût du kWh de chaleur 10,2 centimes 5,7 à 6,9 centimes

Le calcul tient en deux lignes. Granulé : 0,44 € le kilo divisé par 4,8 kWh donne 9,2 centimes le kilowattheure brûlé, que le rendement de 90 % porte à 10,2 centimes de chaleur livrée dans la pièce. Pompe à chaleur : 0,2001 € divisé par un SCOP moyen de 3,2 donne 6,3 centimes.

Le prix affiché du kilowattheure d’électricité ne veut rien dire pour une pompe à chaleur : il faut le diviser par le SCOP avant toute comparaison, sans quoi on compare 20 centimes à 10 et on se trompe de camp.

Comparaison du prix du kWh de chaleur : granulés à 10,2 centimes contre pompe à chaleur à 6,3 centimes
Le SCOP est au compteur électrique ce que le rendement est au poêle : sans lui, la comparaison n'a aucun sens.

Les 440 € retenus correspondent à une palette de 66 sacs de 15 kg livrée à l’automne, quand le marché est le plus tendu ; le vrac, à 393 € la tonne fin août 2026, suppose un silo et une chaudière, pas un poêle qu’on alimente au sac. Le calendrier d’achat pèse d’ailleurs plus lourd que la marque : nos repères sur le bon moment pour acheter ses pellets dans l’année valent 40 à 60 € la tonne.

Sur une saison, dans la même maison

Prenons une maison de 110 m² correctement isolée, qui a besoin de 12 000 kWh de chaleur par an.

La pompe à chaleur, SCOP 3,2, appelle 3 750 kWh d’électricité, soit 750 € au tarif réglementé. Le poêle à granulés brûle 13 300 kWh de combustible, soit 2 780 kg, soit 1 220 € à 440 € la tonne, plus une vingtaine d’euros d’électricité pour la vis, la soufflerie et la veille.

L’écart annuel est donc de 490 € en faveur de la pompe à chaleur, à service rigoureusement identique. Ce dernier point est la limite du calcul : dans la vraie vie, un poêle à granulés ne couvre presque jamais 12 000 kWh à lui seul.

Ce que chaque appareil chauffe, et ce qu’il ne chauffe pas

Un poêle à granulés chauffe le volume ouvert autour de lui : très bien le séjour et la cuisine attenante, mal les chambres du fond du couloir, pas du tout l’eau chaude sanitaire. La maison qui s’en contente est compacte et accepte trois à quatre degrés d’écart entre la pièce de vie et les chambres. Le dimensionnement y compte plus que la marque : notre guide pour dimensionner la puissance d’un poêle selon sa maison donne les surfaces réellement couvertes, appareil par appareil.

Une pompe à chaleur air-eau, elle, dessert tout le circuit hydraulique, chambres comprises, et produit l’eau chaude dans la plupart des installations. Les deux ne se comparent donc qu’en apparence : un foyer équipé d’un poêle complète presque toujours avec des convecteurs dans les chambres, et ces kilowattheures-là se paient plein tarif, sans aucun diviseur. Deux chambres chauffées 2 000 kWh par an à l’électrique, ce sont 400 € qui annulent une bonne part de l’avantage du granulé sur le reste de la maison.

Le mur technique de la pompe à chaleur

L’argument économique s’arrête net devant la température de départ du circuit. Une air-eau classique perd nettement en rendement au-delà de 55 °C, alors qu’une installation ancienne à radiateurs fonte a été dimensionnée pour 60 à 70 °C. Deux voies, une seule bon marché : ou l’isolation permet de redescendre à 45 ou 55 °C et une machine moyenne température suffit, ou l’on garde radiateurs et régime d’origine et il faut une haute température, plus chère, dont le SCOP réel tombe vers 2,5. À ce niveau, le kilowattheure de chaleur remonte à 8 centimes et l’écart avec le granulé fond de moitié.

Ne signez aucun devis de pompe à chaleur sans que la température de départ calculée y figure noir sur blanc, avec la puissance correspondante à moins 7 °C extérieur. Un installateur qui refuse de la chiffrer vendra de la résistance électrique d’appoint six mois plus tard.

Deux contraintes se négligent ensuite : le groupe extérieur fait 45 à 55 décibels à un mètre et relève de la réglementation sur les bruits de voisinage, et une copropriété peut refuser la pose en façade.

L’investissement, aides déduites

Poste Poêle à granulés Pompe à chaleur air-eau
Appareil posé, TTC 3 500 à 6 000 € 10 000 à 16 000 €
MaPrimeRénov’ par geste 0 € depuis le 1er septembre 2026 3 000 à 5 000 €
Prime CEE 130 à 1 150 € 1 240 à 7 860 € selon revenus
Reste à charge courant 2 900 à 5 500 € 3 000 à 11 000 €

La fourchette de la pompe à chaleur est large parce que les aides le sont : un ménage très modeste qui remplace une chaudière au fioul descend sous 4 000 € de reste à charge, un ménage intermédiaire en maison de 150 m² reste au-dessus de 9 000 €.

L’amortissement en découle. Pour un ménage intermédiaire, le surcoût de la pompe à chaleur tourne autour de 5 000 €, remboursé par 490 € d’économie annuelle en une dizaine d’années, soit la moitié de la durée de vie de la machine. Pour un ménage très modeste cumulant 5 000 € de MaPrimeRénov’ et une prime CEE élevée, le surcoût peut être nul, et l’arbitrage n’en est plus un.

Les trois situations où le choix est déjà fait

Pas de circuit hydraulique. Créer un réseau de radiateurs ou un plancher chauffant ajoute 5 000 à 12 000 € au chantier : la pompe à chaleur sort de la discussion, et le poêle est la réponse raisonnable.

Chaudière fioul ou gaz à remplacer, émetteurs récents. La pompe à chaleur prend tout : meilleur coût du kilowattheure, couverture intégrale, eau chaude, aides les plus élevées du dispositif.

Réseau électrique fragile. Les deux appareils s’arrêtent sans courant, alors qu’un poêle à bûches continue de fonctionner. C’est le seul cas où le gagnant du match est un troisième larron, et notre comparatif entre poêle à granulés et poêle à bûches détaille cet arbitrage.

Et la combinaison des deux ?

Souvent le montage le plus fin. La pompe à chaleur assure la base et l’eau chaude toute l’année, le poêle prend le relais les quelques semaines sous moins 5 °C, là où le COP de la machine s’effondre et où la résistance d’appoint se met en route. Le gain n’est pas sur la facture mais sur le dimensionnement : une machine calibrée sur les jours ordinaires plutôt que sur la pointe coûte 1 500 à 3 000 € de moins et travaille mieux le reste de l’année. Encore faut-il prévoir les deux appareils ensemble, dès l’étude.

Les questions qu’on nous pose le plus

Un poêle à granulés donne-t-il encore droit à MaPrimeRénov’ ? Plus en geste seul depuis le 1er septembre 2026, et uniquement en rénovation d’ampleur. La prime CEE, elle, reste acquise et son volume a été multiplié par 4 ou 5 depuis janvier 2026, soit 130 à 1 150 € selon l’appareil, la zone et les revenus. La TVA à 5,5 % ne bouge pas.

La pompe à chaleur est-elle vraiment moins chère à l’usage ? Oui, d’environ 4 centimes par kilowattheure de chaleur : 6,3 centimes contre 10,2 pour le granulé en palette, soit près de 500 € par an dans une maison qui consomme 12 000 kWh. L’écart se réduit fortement si la machine doit produire de l’eau à plus de 55 °C.

Peut-on garder ses radiateurs en fonte ? Oui, mais à condition de vérifier la température de départ nécessaire. En dessous de 55 °C, une machine moyenne température convient. Au-delà, il faut une haute température dont le SCOP réel descend vers 2,5, et le calcul de rentabilité est à refaire entièrement.

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