Un feuillu adulte dont la couronne couvre 80 mètres carrés dépose chaque automne de l’ordre de 25 kg de feuilles sèches au sol, soit 400 à 600 litres en vrac. Une haie de charmes et deux arbres de jardin suffisent donc à produire, en trois semaines, plus de matière organique qu’un particulier n’en achète en une année.
La question n’est donc pas de savoir comment s’en débarrasser, mais où les mettre pour qu’elles travaillent. Voici les cinq destinations qui en valent la peine, et les quatre erreurs qui transforment un stock gratuit en corvée.
Ce qu’on sort vraiment quand on remplit des sacs
Six sacs de 100 litres portés à la déchetterie, c’est 600 litres de paillage évacués. Le rayon jardinerie vend la même matière, sous forme de paillis d’écorce ou de chanvre, autour de 6 à 9 euros le sac de 50 litres : l’équivalent de ce qu’on vient de jeter se rachète 70 à 100 euros au printemps suivant.
Une feuille ramassée puis emportée en déchetterie se paie deux fois : une fois en carburant pour la sortir, une fois en sacs pour la remplacer.
Reste que tout ne se laisse pas sur place. Sur la pelouse, une couche continue de feuilles laissée plus d’une dizaine de jours prive le gazon de lumière, entretient l’humidité et prépare le tapis de mousse du printemps. C’est le seul endroit du jardin où le ramassage est réellement obligatoire, et c’est aussi ce qui décide de la réussite du regarnissage si vous comptez scarifier et regarnir votre gazon à l’automne.
Astuce de tonte : tant que la couche reste éparse, une tondeuse passée dessus, bac retiré, broie les feuilles et les mêle à l’herbe. Elles disparaissent en quelques semaines et fertilisent la pelouse. Au-delà d’une couverture continue, il faut ramasser.
Certaines feuilles mettent trois ans à disparaître
Le délai de décomposition dépend de la teneur en lignine et en tanins, pas de l’épaisseur apparente de la feuille. C’est ce qui décide de l’usage : une feuille lente fait un bon paillage d’hiver mais un mauvais candidat au compost.
Deux essences méritent d’être mises à part. Le noyer libère de la juglone, qui freine la germination et la reprise des plantes voisines : ses feuilles vont au compost, jamais en paillage direct sur un massif de vivaces. Le platane et le marronnier, coriaces et souvent porteurs de mineuse, se réservent aux allées et au fond des haies.
Le paillage, le retour sur investissement le plus rapide
C’est l’usage le plus simple : les feuilles ratissées vont directement au pied des arbustes, sur les massifs de vivaces et sur les planches de potager libérées.
L’épaisseur utile est de 15 cm à la pose, sachant que la couche perd la moitié de sa hauteur en un mois de pluie. Laissez toujours 5 cm dégagés autour du collet et des troncs, faute de quoi l’écorce reste humide tout l’hiver et les campagnols s’installent au chaud. Le détail matériau par matériau figure dans notre guide sur les épaisseurs de paillage qui protègent vraiment du gel.
Un paillis de feuilles s’envole au premier coup de vent d’ouest. Deux ou trois rameaux de résineux posés en travers, ou un grillage à poule couché dessus, suffisent à le maintenir jusqu’à ce qu’il se tasse.
Le terreau de feuilles, un substrat gratuit en deux hivers
Le terreau de feuilles, ou leaf mold des jardiniers anglais, n’est pas du compost. Le compost est une fermentation bactérienne qui chauffe ; le terreau de feuilles est une décomposition fongique, lente et froide, qui ne demande ni retournement ni équilibre de matières.
Le contenant tient en une demi-heure de travail : quatre piquets et un rouleau de grillage forment un silo d’un mètre de diamètre sur un mètre de haut, soit environ 800 litres. On y verse les feuilles, on tasse au pied, on arrose si le tas est sec, et on n’y touche plus.
Comptez 12 mois pour un paillis grossier et 18 à 24 mois pour un terreau brun, léger, qui remplace la tourbe dans un mélange de semis à raison d’un tiers du volume. Deux silos côte à côte, l’un qui se remplit pendant que l’autre mûrit, règlent la question du décalage, sur le modèle de la rotation des piles de bois.
Le carbone qui manquera au compost au printemps
Un composteur d’automne reçoit surtout des matières azotées : épluchures, dernières tontes, fanes du potager. Il lui manque du carbone, et les feuilles mortes en sont une source idéale, avec un rapport carbone sur azote de l’ordre de 50 quand les déchets de cuisine tournent autour de 15.
La règle pratique tient en une phrase : un volume de feuilles pour un volume de matière verte, en couches alternées de 10 à 15 cm.
Le vrai coup de maître consiste à ne pas tout composter en novembre. Quatre ou cinq sacs de feuilles sèches stockés au sec sous l’abri de jardin serviront d’avril à juillet, quand le composteur reçoit des tontes en excès et se met à sentir mauvais faute de matière brune. Une poignée de feuilles à chaque tonte règle le problème sans rien acheter.
Le potager couvert et les légumes laissés en terre
Une planche nue passe l’hiver à se tasser et à se lessiver. Couverte de 15 à 20 cm de feuilles, elle se retrouve en mars souple, vivante et travaillée par les vers, sans un coup de bêche.
Le second usage est moins connu : carottes, poireaux, panais et topinambours se conservent très bien en place sous une couverture de 20 à 30 cm de feuilles maintenue par un voile ou un grillage. Le sol ne gèle pas en profondeur sous cette épaisseur, et on récolte au fur et à mesure jusqu’en février, y compris par temps de gel où la terre nue serait bétonnée.
| Usage | Ce qu’il faut | Délai de retour |
|---|---|---|
| Paillage des massifs | 15 cm à la pose, maintenus | Immédiat |
| Terreau de feuilles | Un silo grillagé de 800 litres | 12 à 24 mois |
| Apport carboné au compost | 1 volume pour 1 volume de vert | 6 à 9 mois |
| Couverture du potager | 15 à 20 cm sur planche nue | Au printemps suivant |
| Refuge à faune | Un tas de 50 cm qu’on ne touche pas | Dès le printemps |
Le tas qu’on ne touche pas de l’hiver
Le cinquième usage ne demande aucun travail : un tas de feuilles de 50 cm de haut, adossé à une haie ou à un tas de bois, dans un coin qui ne sert à rien.
Hérissons, carabes, coccinelles et chrysopes y passent l’hiver, et ce sont eux qui mangeront les limaces et les pucerons au printemps. Le hérisson hiberne de novembre à mars et ne supporte pas d’être dérangé deux fois. Ne passez jamais le broyeur, le souffleur ni la fourche dans un tas de feuilles installé depuis l’automne : c’est la cause la plus fréquente de mutilation de hérissons au jardin, et le même réflexe vaut pour un tas de bois resté en place tout l’hiver.
Les quatre erreurs qui gâchent le stock
Le brûlage d’abord. Il est interdit par le règlement sanitaire départemental, rappelé par la circulaire du 18 novembre 2011, et passible d’une amende pouvant atteindre 750 euros. L’argument sanitaire est plus parlant encore : l’ADEME évalue les émissions de particules fines de 50 kg de végétaux brûlés à l’air libre à l’équivalent de 9 800 km parcourus par une voiture diesel récente.
Le poêle ensuite, qui tente toujours quelqu’un. Les feuilles s’enflamment en quelques secondes, dégagent une fumée froide et chargée, et encrassent le conduit sans apporter de chaleur utile. Elles rejoignent la liste des matières qu’il ne faut jamais brûler dans un poêle ou un insert.
Le tas compact et détrempé, troisième erreur : un mètre cube de feuilles mouillées tassées dans un coin ne se décompose pas, il fermente sans air et sent la vase. Un contenant ajouré et un tassement modéré suffisent à l’éviter.
Les feuilles malades, enfin. Tavelure du pommier, oïdium, rouille, mineuse du marronnier : elles ne retournent pas au pied de l’arbre concerné et ne servent pas de paillage. Direction le centre d’un compost qui monte en température, ou la déchetterie, seul cas où le sac se justifie.
Les questions qu’on nous pose le plus
Peut-on brûler ses feuilles mortes dans son jardin ? Non, sauf dérogation préfectorale rare en zone rurale. Le brûlage des déchets verts à l’air libre est interdit par le règlement sanitaire départemental et passible d’une amende pouvant atteindre 750 euros. L’ADEME chiffre les émissions de 50 kg de végétaux brûlés à l’équivalent en particules fines de 9 800 km en voiture diesel récente. Dans un poêle, elles n’ont pas davantage leur place : trop de fumée, aucune chaleur utile, un conduit qui s’encrasse.
Combien de temps faut-il pour obtenir du terreau de feuilles ? Douze mois pour un paillis grossier, 18 à 24 mois pour un terreau fin utilisable en mélange de semis. Tilleul, charme, frêne et bouleau vont vite, en 6 à 12 mois ; chêne et hêtre demandent 18 à 24 mois ; platane et marronnier jusqu’à trois ans. Broyer les feuilles à la tondeuse avant de les entasser et garder le tas humide divisent le délai à peu près par deux.
Faut-il ramasser toutes les feuilles mortes du jardin ? Seulement sur la pelouse, qu’une couche continue étouffe en une dizaine de jours. Sur les massifs, les haies et les planches libérées, les feuilles jouent le rôle exact d’un paillage acheté en sac : elles protègent le sol du battement de la pluie et nourrissent la vie du sol en se décomposant. Nettoyer à blanc revient à sortir gratuitement la matière organique qu’on rachètera au printemps.



